19 avril 2013

Bernie Krigstein forever.



Il y a quelques semaines, l'éditeur Fantagraphics a publié Messages in a Bottle, un recueil qui reprend les meilleures histoires de Bernie Krigstein. En à peine plus de dix ans, cet artiste incroyable a réalisé certaines des plus belles pages de toute l'histoire de la bande dessinée, avant de disparaître du sommaire des comics et de finir sa vie comme peintre et prof de dessin.




La formidable anthologie de chez Fantagraphics propose 20 histoires en ordre chronologique. De ses débuts en 1943, on retient quelques westerns de bon aloi où pointent déjà toute la finesse de son style et, surtout, son talent fou pour mettre en scène ses pages.
Le gros du volume est bien sûr dévolu aux histoires courtes réalisées pour EC Comics, au premier rang desquelles se trouve Master Race, parue dans Impact #1 (1955). En 1955, on parle encore peu de l'holocauste (c'est cette année là que sort le film d'Alain Resnais Nuit & Brouillard), et encore moins dans les comics... Master Race raconte pourtant comment un survivant des camps de la mort reconnaît son tortionnaire nazi dans les couloirs du métro new-yorkais. La dernière des huit pages de ce classique d'entre les classiques, complétement métamorphosée par Krigstein par rapport au script original, est une des clefs de voûte de tous le corpus de la BD, et a inspiré des générations d'artistes :



Après son passage chez EC, Krigstein se retrouve chez Atlas, sous la direction d'un jeune éditeur aux dents longues nommé Stan Lee. Dégoûté par l'indigence de la production ambiante et le manque de considération de cette nouvelle génération de responsables éditoriaux, l'auteur insatisfait claque en 1957 la porte du monde des comics, de façon définitive.
Qu'un artiste de cette trempe ait si peu produit dans sa carrière est un gâchis monumental. Heureusement, ce recueil est enfin disponible pour réhabiliter cette œuvre d'une rare justesse. Entièrement recolorisé par Marie Severin (la coloriste de chez EC, qui signe là son dernier gros boulot avant une retraite bien méritée !), Messages in a Bottle est un livre magique, intemporel et d'un étonnante lisibilité : une leçon de bande dessinée comme on n'en croise pas tous les jours... sauf à Arkham bien sûr, où on n'arrête pas de le recommander depuis sa parution.

1 commentaire:

Gary Atlass a dit…

Ouaiiiiis!